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SEUL

Photo du rédacteur: Melanie Blaser
Melanie Blaser
il y a 10 heures
4 min de lecture

Ils disent : « moi j’aime être seul ». Souvent, ils le disent après une rupture. Après plusieurs ruptures, parce que leurs relations ne fonctionnent jamais. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Ils n’ont plus de désir, ils ont changé d’avis ou changé tout court, c'est elle qui a changé, elle ne leur plait plus, la relation a changé, ne leur plait plus, ils ont envie d’une autre femme, d’un autre homme ou autre chose. Ils en ont marre ou ils ne savent pas, mais ils ne la sentent plus, cette relation. Alors, ils s’arrêtent là.

Et ils disent : « moi j’aime être seul ». Ils se sentent libres. Être seul, c’est être libre.


Parfois, ils ont la nostalgie d’une ex ou d’une femme imaginaire. L’ex n’était pas parfaite, bien entendu. Elle était douce, enthousiaste, fougueuse, jolie, intelligente, mais pas parfaite. Il était impatient de la retrouver. Les yeux brillants et un grand sourire. Elle tombait dans ses bras lorsqu’ils se retrouvaient. Il la serrait, trop fort parfois. Ils riaient. Leurs bouches se joignaient, leur langue se caressaient, sa langue la caressait… partout. C’était doux, passionné, délicieux. Mais il ne se sentait pas libre, parce qu’il n’osait pas lui dire : « maintenant, demain, ce soir, ce week end, ces trois prochains mois, j’ai envie et besoin d’être seul ». Alors il disait : « tu veux un café ? » ou « tu veux aller te balader à tel endroit ? ». Elle non plus, peut-être qu’elle n’osait pas dire : « non merci, j’ai envie de rentrer, de partir, de faire autre chose ». Alors ils faisaient quelque chose ensemble. Quelque chose dont ils n’avaient pas forcément besoin et envie. C’était agréable. Mais il et elle ne se sentaient pas libres et il et elle n’osaient pas, ne voulaient pas en parler. De ça et d’autres choses. Alors, il s’arrête là. Un jour, il la quitte. Elle pleure et lui écrit des messages, des lettres, mais il préfère être seul.


Le dimanche, il ira boire son café seul et draguer un peu la serveuse, ou n’ira plus boire un café au tiroum. Il n’aura de comptes à rendre à personne, c’est plus simple, c’est mieux comme ça. Il se sent libre. Il a plus de temps pour lui. Il peut faire ce qu’il veut le dimanche : rien, lire, regarder des vidéos sur les réseaux sociaux, se former, du sport, ou s’ennuyer en rêvant de caresser une femme douce et fougueuse.


Il ne se sent pas seul. Il a ses amis, sa famille. Peut-être qu’il achètera un chien ou un chat, pour la présence, les caresses. Les animaux ça vous fout la paix, ça ne demande pas grand-chose. Et le chien, ça le force à aller marcher régulièrement. C’est bon pour la santé. Meilleur qu’une femme ou une relation.


Un jour, il se peut qu’une femme qui sait tenir les hommes par les couilles arrive dans sa vie. Certaines femmes savent faire ça. Alors il restera avec elle. C’est mieux ça que rien et elle le laisse tranquille, s’il fait ce qu’elle veut. C’est mieux ça qu’être seul. Et la femme s’entend bien avec les copains. Elle fait même un peu de ménage chez lui, elle aime jardiner et elle cuisine. Elle lui fait découvrir d’autres choses : le bois flotté, les marchés de campagne.


Quand il mourra, la femme se fâchera contre ses enfants, parce qu’ils ne lui donneront pas tout l’argent qu’elle escomptait obtenir. Même si elle aime l’homme qui n’est plus seul et même si elle n’est pas avec lui pour l’argent. Elle aurait voulu – mais lui pas – se marier, officialiser leur relation. Mais il avait toujours dit qu’il préférait être seul et qu'il resterait seul s'il n’était plus avec elle. Ils ne se sont pas mariés, ni pacsés, ni officialisés. Alors quand il meurt, les enfants ont droit à tout et elle n’a droit à rien.


Sur son lit de mort, l’homme seul sera en paix avec lui-même. Et tant pis pour l’héritage émotionnel qu’il laisse à ses enfants, à sa dernière compagne non officialisée, à sa famille, à son ex femme, c'est leur problème, pas le sien. Tant pis pour ces années d’absence, ces années où il a vécu sa vie, parce qu’il en avait bien le droit, quand même. Il avait travaillé, il avait mérité des pauses, il avait mérité du temps pour son sport favori, son activité favorite, pour passer du temps avec une femme, pour parcourir le monde. Et la maman de ses enfants était là, elle s’occupait de tout. Ce n’était pas un petit week-end de plus ou de moins sans ses enfants, quelques semaines ou mois d’absence, qui auraient changé quelque chose. À ce moment-là, il avait besoin de temps pour lui, de se ressourcer, de se retrouver, de s’isoler, de s’amuser.


Et ses enfants lui avaient pardonné. La preuve : ils étaient allés manger au restaurant ensemble, ils étaient allés faire un tour à la montagne ensemble, ils étaient même partis en voyage ensemble. Ils n’en avaient jamais parlé, de ses absences, à ses enfants. Il ne leur a pas tout raconté. Sa vie après la séparation de la maman des enfants ne les regarde pas. On n’a pas toujours besoin de tout dire. Quoiqu'il en soit, il en était sûr: ses enfants lui avaient pardonné. Tout le monde lui avait pardonné.


Il pouvait mourir seul, libre et tranquille.



 
 

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