FÉRIÉ

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J’ai toujours une petite anxiété quand arrive un jour férié. Je ne sais pas vraiment pourquoi.
Une des raisons, je pense, est que les magasins seront fermés. Comme si quelque chose allait nous manquer, alors que mes buffets sont bien garnis, que les gnocchis que j’ai achetés au marché samedi sont toujours dans le frigo aujourd’hui, lundi, parce que finalement le programme de mes ados adorés a changé et rechangé. Mais je suis comme ça, je pense beaucoup aux repas : faits maison, sains, bons, il ne mange pas ceci, elle ne mange pas cela, ils ont faim quand je n’ai pas faim et je mange quand même, j’ai faim quand ils n’ont pas faim, je mange et ils ont faim une heure plus tard, alors je remange. Bref, manger n’a pas été en adéquation avec mes besoins réels pendant des années. Et je ne parle pas ici des envies de manger, je réserve ces considérations à ma psy.
Alors cette fois-ci, je suis allée au marché samedi, j’ai acheté des gnocchis, du gorgonzola, un grand pain paysan, du San Daniele, de la mozzarella, des tranches de porc, des oeufs et plein de légumes. Et j’ai décidé de ne pas penser aux repas pendant trois jours. J’ai quand même repéré les petits restos ouverts les jours fériés près de chez moi, si jamais. Quand quelqu’un a faim, on cuisine ensemble, on mange ensemble, on range ensemble et plus besoin de penser au repas jusqu’à ce que quelqu’un ait faim. C’est parfait. Charge mentale diminuée de moitié. Au moins.
L’autre question, quand arrive un jour férié, est : « qu'allons-nous faire ? ». J’ai décidé cette fois-ci de ne rien faire pendant trois jours. De faire : rien. Pas de programme, pas de réservation, rien de prévu, rien à gérer, rien à planifier, rien à organiser, pas d’obligations. Charge mentale réduits de deux tiers. Au moins.
J’ai quand même organisé le nettoyage du bateau, l’année scolaire de mon fils, fait un album photo en ligne, fait tourner deux lessives, maintenu la cuisine en parfait état de rangement et ajouté des éléments à ma « to do list » pour éviter de les faire ces trois jours. Charge mentale augmentée d’un petit quart.
Sinon, je n’ai eu que des activités plaisantes : planter des fleurs sur mon balcon, aller nager et trainer à la plage, finir un livre et en commencer un autre, faire de la gym, de la guitare, chanter un peu, marcher un peu ― pas assez, mais un peu c’est déjà bien ― appeler ma tante de 84 ans, aller boire un café au tiroum, boire un porto chez moi en mangeant des pistaches, écrire ce petit texte. Et finir de monter un petit meuble. Je ne sais pas si c’est du plaisir, où du « il faut ». Entre deux probablement. Charge mentale : neutre, parce que laisser trainer le petit meubles au milieu du passage pendant deux jours ne m'a pas dérangée. Pas du tout. Charge mentale: zéro.
J’ai aussi interrogé mon pendule sur deux trois questions qui trottent dans ma tête, pour les évacuer. Et ça a fonctionné. J’ai même oublié une partie des réponses de mon pendule, mais l’important était de me libérer. Charge mentale réduite des deux tiers.
Maintenant je retourne faire presque rien.
Melanie Blaser
“The sun shone, having no alternative, on the nothing new.” ― Samuel Beckett, Murphy



