GAMBERGER
- Melanie Blaser

- il y a 3 jours
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L’autre jour, je buvais un thé de menthe avec un ami, dans une brasserie bernoise et je lui racontais combien je suis triste et dévastée en ce moment, après quelques années de joies, de plaisir, de découvertes. Et j’ajoutais :
« J’ai mis 5 ans à apprendre à arrêter de gamberger, ce n’est pas aujourd’hui que je vais recommencer »
Et il s’est exclamé :
« Oh ! Quelle chance ! Tu fais comment ? »

Alors j’ai réfléchi un peu et je lui ai expliqué que j’avais développé une stratégie personnelle. D'abord, je me dis à moi-même : « ça suffit ! » quand des pensées négatives, envahissantes commencent à s’amonceler comme des feuilles mortes, en automne, dans le méandre d’une rivière, là où l’eau s’écoule très lentement.
J’ai aussi élaboré une technique, qui consiste à construire une explication et m’y tenir. Non pas m’y accrocher. Cette explication peut être remplacée par une autre au fil de mes pensées. Mais elle me donne le temps de me reposer la tête, de passer à autre chose, de prendre un peu de recul et de temps.
Gamberger n’est pas penser. Gamberger, pour moi, c’est ruminer sur des événements passés ou inventer des événements futurs, alors que dans la réalité, nous n’avons aucune influence sur le passé, ni sur le futur. Mais, nous avons une influence sur nos pensées. Nous pouvons interpréter le passé – de 1000 manières différentes - et inventer le futur.
Quant au fil de mes pensées, je ne prétends pas le contrôler. Je sais qu’elles s’arrêtent quand je fais une séance de yoga ou de danse, quand je chante, quand je fais l’amour, quand je lis, quand je suis au cinéma, quand je passe un moment agréable avec des amis. Là, tout s’arrête. Je suis totalement dans le moment présent. Je suis contente. Je souris. Sourire rend plus joyeux.
Souvent, je vais marcher pour penser, voire me parler à moi-même. À vrai dire, j’aime marcher un moment chaque jour. Hier, j’ai réfléchi au repas que je vais cuisiner pour mes amis. Mardi, j’ai commencé un texte dans ma tête et je l’ai jeté parce qu’il était nul. Mercredi, j’ai essayé de comprendre comment je me sentais et pourquoi, en laissant couler quelques larmes sous la pluie. J’ai aussi élaboré mon explication du moment, qui m’apaise. Quand je suis rentrée, j’ai laissé défiler mes pensées, puisqu’elles ne m’ont pas obéi et ne se sont pas arrêtées. Alors, je leur ai dit : « OK les filles, défilez, mais en silence ». Mais ça n’a pas fonctionné. Elles ne m’ont pas laissé dormir, jusqu’à 4h du matin. La journée, j’ai travaillé, et le soir, je leur ai clairement demandé de me laisser dormir. Une nuit blanche, à mon âge, c’est déjà trop. Et j'ai bien dormi.
Aujourd’hui, j’ai pris congé, pour aller à la montagne. Mais d’autres évènements se sont présentés et je dois m’en occuper. Alors j’écoute de la musique, j’écris ce texte, que je vais envoyer à mon ami – et à ma voisine, qui m’écrit qu’elle doit aussi s’occuper de choses, alors qu’elle prévoyait de prendre sa matinée pour elle. Plus tard, je vais prendre un petit apéritif. Cet après-midi, quand j’aurai fini ce que je dois faire, je vais faire de la danse et de yoga. Et ce soir, je prendrai un deuxième apéritif, avec mes enfants, au restaurant.
Ce sera joyeux.
« Quand j'écris, la colère, au départ, est là.
Il arrive même que ce soit la colère qui me pousse à écrire. Mais dès l'instant où il me faut écrire, la colère cesse d'être en colère. Une forme d'espérance l'emporte. Éloigne la colère, la vainc. » – Kaoutar Harshi, Littérature et révolution



